Napoleon III apres Sedan. - Autoportrait en cherubin a la pipe.

Lot Number 132
Author VERLAINE, Paul
Title Napoleon III apres Sedan. - Autoportrait en cherubin a la pipe.
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Description Napoleon III apres Sedan. - Autoportrait en cherubin a la pipe. Deux dessins originaux. Encre et plume sur un f. de 25, 5 x 19, 5 cm, traces d'onglets, une decoupure angulaire avec infime atteinte a un dessin, encadrement sous verre.
Comments Au recto : un portrait de Napoleon III apres Sedan (9,5 x 6,5 cm), avec un dizain autographe signe par Verlaine " Francois Coppee. PV ". Au verso, un autoportrait de Verlaine en cherubin a la pipe (4, 5 x 5, 5 cm), avec une coupure de presse collee portant le texte de son poeme " Des morts " accompagne de la mention autographe signee : " Approuves les tres beaux vers de potache ci-dessus. p. Verlaine, ex-lyceen ". Mention manuscrite d'une autre main, en haut de page, indiquant la date du " dimanche 17 novembre 72 ". Superbe feuillet extrait de l'album amicorum de FAlix RAgamey. Le peintre publia en 1896 un ouvrage illustre intitule Verlaine dessinateur (Paris, H. Floury), dont il enrichit chacun des 12 exemplaires de tete sur japon des dessins originaux executes par lui ou par Verlaine qu'il y avait reproduits. Joint, l'exemplaire ne 2 imprime sur japon de l'Adition originale du Verlaine dessinateur de RAgamey originellement enrichi par lui du present feuillet : un volume in-4, bradel de demi-maroquin tabac a coins, dos orne, tete doree, couvertures conservees (reliure de l'Apoque usagee). Feuillet autographe illustre par Verlaine sous les yeux de Rimbaud, a Londres chez le peintre FAlix RAgamey. Verlaine - et peut etre Rimbaud - avait rencontre RAgamey quelques annees auparavant dans les diners litteraires et artistiques des Vilains bonshommes. Dans son ouvrage Verlaine dessinateur, RAgamey relate l'histoire du present feuillet d'album illustre : " Le 10 septembre 1872 - en cet atelier de Langham Street, oA j'ai pu si bien travailler, et dont le souvenir suffirait a me faire aimer l'Angleterre - c'est Verlaine, arrivant de Bruxelles, qui frappe a ma porte. Il est beau a sa maniere, et, quoique fort peu pourvu de linge, il n'a nullement l'air terrasse par le sort [...]. Mais il n'est pas seul. Un camarade muet l'accompagne, qui ne brille pas non plus par l'Alegance. C'est Rimbaud. Naturellement, on parle des absents. A? me voir peindre et dessiner, l'inspiration s'empare de Verlaine et... mon album s'enrichit [...]. C'est Napoleon III apres Sedan [...] dessin est accompagne de vers absolument cocasses, parodiant le style de Coppee, effrontement [signe] d'un paraphe bouffi a la Joseph Prud'homme, oA les trois points du franc-macon sont remplaces par une petite croix, fretillante allusion a la douceur Avangelique du poete des humbles [...].Verlaine ne s'Apargne pas lui-meme, lorsqu'au bas d'un de ses poemes - extrait d'un journal rouge de Londres, organe des refugies de la Commune, le Qui vive ? qu'il trouve colle dans mon scrap-book, - il ajoute cette note : "Approuve les tres beaux vers de potache ci-dessus". Note qu'il aggrave de sa propre effigie, en cherubin, nimbe, pipe au bec, avec des ailes aux omoplates, le tout signe "P. Verlaine, ex-lyceen". " (p. 22 et 25). Dans ce precieux recit, RAgamey se trompe nenmoins de date pour la deuxieme anecdote, car le poeme de Verlaine parut le 13 novembre 1872, et il confond le journal Qui vive ! avec L'Avenir qui lui a succede. En fait, Verlaine rendit plusieurs visites a RAgamey : ou bien l'ensemble du feuillet a Ate annote et illustre en une fois par Verlaine le 17 novembre 1872, ou bien il l'a Ate en deux fois, le 10 septembre et le 17 novembre 1872 - ou bien aucune des deux dates ne correspond precisement. RAgamey mentionna Agalement ce souvenir dans une lettre adressee a Francois Coppee vers janvier-fevrier 1896 : " Un jour chez moi, a Londres [...] Verlaine prit une plume et dessina sur un album un Napoleon III - qui est un chef-d'ouvre ; il y ajouta des vers - naturellement qu'il signa effrontement : Francois Coppee avec un grand paraphe. " L'album de FAlix RAgamey contenait aussi a l'origine un autre " vieux coppee " illustre, de la main de Rimbaud, brocardant le prince imperial (RAgamey l'attribuait erronement a Verlaine). Il avait Ate insere dans l'exemplaire sur japon du Verlaine dessinateur destine par RAgamey a Henri Cordier, et qui figura dans la collection Jacques Guerin. Un des rares temoignages directs du sejour commun de Verlaine et Rimbaud a Londres. Les deux poetes, qui s'Ataient rencontres en aout 1871, Ataient partis ensemble a Bruxelles, puis, de le, avaient gagne Londres en septembre 1872. Verlaine, qui avait quitte la vie bourgeoise de son foyer conjugal, vibrait d'enthousiasme pour sa nouvelle vie, comme il l'ecrivit a son ami Edmond Lepelletier le 6 novembre 1872 : " Ma vie ici est tout intellectuelle. Je n'ai jamais plus travaille qu'A present [...]. Me voici tout aux vers, a l'intelligence, aux conversations purement litteraires et serieuses. Le tres petit cercle d'artistes et litterateurs... ". A? Londres, Verlaine composa ses Romances sans paroles, tandis que pres de lui Rimbaud ecrivait des pages des Illuminations et d'Une Saison en enfer... Leur vie de boheme s'avera nenmoins cahotique : vers le 20 decembre 1872, Verlaine se retrouva seul apres le depart de Rimbaud pour la France : " Rimbaud (que tu ne connais pas, que je suis le seul a connaitre) n'est plus le. Vide affreux ! Le reste m'est Agal. " (Verlaine a Edmond Lepelletier, 26 decembre 1872). Il tomba gravement malade et vit alors Rimbaud revenir vers lui au debut de l'annee. Leur vie reprit, faite de longues courses dans Londres, mais Rimbaud refusant de travailler, des problemes d'argent se poserent et entrainerent des disputes brutales. Ce fut alors Verlaine qui cette fois decida de partir : " Cette vie violente et toute de scenes sans motif que ta fantaisie ne pouvait m'aller foutre plus " (telegramme de Verlaine a Rimbaud, en mer, 3 juillet 1873). Rimbaud a son tour se montra suppliant : " Reviens, reviens, cher ami, seul ami, reviens [...]. Oui c'est moi qui ai eu tort / Oh tu ne m'oublieras pas, dis ? / Non tu ne peux pas m'oublier. Moi je t'ai toujours le. / Dis, reponds a ton ami, est-ce que nous ne devons plus vivre ensemble ? " (Londres, 4 juillet 1873). Il ajouta meme dans sa lettre a Verlaine du 5 juillet 1873 : " Avec moi seul tu peux etre libre [...] Resonge a ce que tu Atais avant de me connaitre ". Ils ne se revirent qu'en Belgique, une semaine plus tard, et Verlaine tira un coup de feu sur Rimbaud, mettant fin a leur tumultueuse relation. Rimbaud a laisse des pages aigres sur leur aventure commune dans Une Saison en enfer, et aussi dans Illuminations : dans le chapitre " Vagabonds ", il appelle Verlaine " pitoyable frere ", " satanique docteur ", et ecrit qu'il avait " pris l'engagement de le rendre a son Atat primitif de fils du Soleil ". " Cela n'a pas empeahe Verlaine d'etre le proselyte le plus ardent de l'ouvre de Rimbaud, son Aditeur et son exegete, et de lui consacrer six articles et deux prefaces " (Andre Guyaux). Au recto, un portrait de Napoleon III illustrant les vers d'un " vieux coppee " - Napoleon III apres Sedan : Verlaine a represente l'empereur en buste, dans une pose pensive, la tete sur la main, sous les symboles de son pouvoir passe. Pour ce dessin, il s'est directement inspire d'un cliche des photographes londoniens William et Daniel Downey montrant le monarque dechu durant son exil dans le manoir de Camden, a Chislehurst pres de Londres. Dans une lettre d'octobre 1872 a Edmond Lepelletier, Verlaine Avoque la diffusion a Londres de ces portraits officiels : " aux vitrines des photographes : Stanley, Liwingstone, Badingue, Ugenie, Charognard [Napoleon III, l'imperatrice Eugenie et le prince imperial] ". - Un pastiche de Francois Coppee. Verlaine fut tres lie au poete Francois Coppee : il debuta sa carriere litteraire en meme temps que lui, fut comme lui redacteur dans le periodique litteraire de Vermersch Le Hanneton, et frequenta comme lui le diner litteraire et artistique qui serait rebaptise en 1869 " diner des vilains bonshomme ". Quand Coppee rencontra la celebrite en 1869 avec le succes de sa piece Le Passant, et qu'il fut invite chez la princesse Mathilde, il suscita chez ses jeunes amis parnassiens un sentiment de jalousie (beaucoup, comme Verlaine, vendaient mal leurs livres), un sentiment d'abandon (il cessa de frequenter le celebre " diner des vilains bonhsommes ") et un sentiment de trahison : il Atait invite dans le salon de la princesse Mathilde alors que beaucoup de ces poetes et artistes Ataient republicains. Le groupe le plus remuant, auquel appartenaient Verlaine et Rimbaud et qui se disait " zutiste ", ouvrit un album collectif sur lequel chaque membre inscrivait des pochades et obscenites, parmi lesquelles apparurent des pastiches de Francois Coppee sous la plume de plusieurs auteurs - dont bien sur Verlaine et Rimbaud. Le present " vieux coppee " par Verlaine reprend cette pratique zutiste en caricaturant Napoleon III en exil repensant aux reussites materielles (prudhommesques) de son regne passe : le developpement du reseau ferroviaire, le maintien de taux d'emprunts bas favorables a l'investissement, et les premiers succes du Credit mobilier des freres PAreire avant sa faillite en 1867. Verlaine clot son envoi sur une parodie de Baudelaire : il Avoque en effet la derniere maitresse de l'empereur, Marguerite Bellanger, en remaniant un vers du " Sonnet d'automne " de Baudelaire, " o ma si blanche, o ma si froide Marguerite ? " : " Dites, n'avez-vous pas, lecteur, l'ecme attendrie Contemple quelquefois son image cherie ? Tete pecle appuyee au revers de la main [" de sa main " dans la version imprimee] CAsar reve d'hier et pense au lendemain. Il Avoque les jours de gloire et d'ordre, et songe Aux jours oA le credit n'Atait pas un mensonge. Au moins, il s'attendrit sur les chemins de fer Tres-mous et sur l'emprunt inferieur au pair, Puis, triste, il reve, cour qu'on necvre et qui s'effrite, A? sa si blanche a sa si pecle Marguerite ! Francois Coppee PV " Au verso, un autoportrait illustrant un poeme de jeunesse. - Autoportrait en cherubin : Verlaine s'est represente le visage barbu et fumant la pipe, mais aile et aureole, sortant d'une nuee. - L'Adition pre-originale de son poeme " Des morts ". FAlix RAgamey avait colle sur le present feuillet une coupure de presse extraite du journal L'Avenir du 13 novembre 1872, et Verlaine inscrivit en-dessous ce commentaire : " Approuves les tres beaux vers de potache ci-dessus. P. Verlaine, ex-lyceen ". L'Avenir Atait l'organe des communards en exil dirige par Eugene Vermersch, journal qui avait succede aux ephemeres Qui vive !, Vermersch-journal et L'union democratique. Verlaine et Rimbaud habitaient alors dans une chambre pretee par ce Vermersch qui avait Ate directeur du Hanneton auquel Verlaine avait collabore. Plus tard, en 1890, Verlaine prefacerait et ferait Aditer a ses frais chez Lemerre le roman de Vermersch L'Infecmie humaine. ecrit a l'ecge de dix-sept ans en mars 1861, " Des morts " est le septieme poeme connu de Verlaine, si l'on excepte trois pieces fragmentaires. Outre des differences de ponctuation et une coquille, la presente Adition pre-originale presente les variantes non mentionnees par la Pleiade mais relevees par Steve Murphy en 1993. " [...] Toujours ton mur en vain recrepit et lave, o maison Transnonain, coin maudit, angle infecme, Saignera monstrueux dans mon cour souleve. Quelques-uns d'entre ceux de Juillet, que le blecme De leurs freres repus ne decouragea point, Crurent bon de montrer la candeur de leur ecme [...]. Ils voulaient le devoir et le droit absolus, Ils voulaient "la cavale indomptee et rebelle", Le soleil sans couchant, l'Ocean sans reflux. ?La RApublique ! ils la voulaient terrible et belle, Rouge et non tricolore, et devenaient tres froids Quant a la liberte constitutionnelle [...]. Ils gisent, vos vengeurs, a Montmartre, a Clamart, Ou sont devenus fous au soleil de Cayenne, Ou vivent affames et pauvres, a l'ecart [...] " Le premier des " poemes-actions " de Verlaine (Jacques Borel). Appartenant a la veine realiste de son ouvre poAtique, le poeme rendait hommage aux victimes de la repression politique de la monarchie louis-philipparde, notamment celles de la rue Transnonain qui avait inspire a Daumier une de ses plus saisissantes lithographies. Apres l'ecrasement de la Commune, " Des morts " retrouvait une actualite et paraissait d'ailleurs dans L'Avenir deux jours apres une conference de Vermersch sur le meme sujet. " Tres tot ainsi, un double mouvement habite Verlaine. Le reve est d'abord reconnu et choisi comme "la region ou vivre" ; puis, ce reve qui, tres tot, comme dans Le Monstre, s'acheve en cauchemar, prefigure la mort et l'anentissement du reveur, est combattu, repousse, nie [...]. Des morts peut etre considere comme le premier de ces poemes-actions qui, meme a l'Apoque des Romances sans paroles, ne cesseront de jalonner l'ouvre comme autant de denegations opposees au courant de la reverie, au tremblement de l'ecme orpheline [...]. Ainsi, des le debut, il y a en Verlaine ce "schisme tetu" qu'un instant, a la suite de Rimbaud et a son exemple, il tentera de resoudre sans le pouvoir dans l'Atonnante entreprise dont temoigne Crimen amoris " (dans Paul Verlaine, ouvres poAtiques completes, Paris, Gallimard, Nrf, Pleiade, pp. 7-9). - Agalement au verso, ecrit d'une autre main que celle de Verlaine, mais biffA, une parodie obscene de La Mere Michel : " "C'est le pere Lapine [?] qui a perdu son vit il crie par la fenetre..." que c'est la faute aux femmes qui... le lui ont vole. Hier soir, comme il sortait de chez Maggie... " Verlaine dessinateur. Le poete, qui fut entre autres professeur de dessin dans un college anglais en 1875-1876, a laisse un grand nombre de croquis, principalement satiriques et humoristiques, qui ornent essentiellement sa correspondance. FAlix RAgamey, dans ce meme Verlaine dessinateur declare : " Il y eut en Verlaine, au debut de sa carriere, un grand dessinateur, generalement ignore, s'ignorant lui-meme. Quiconque sait lire dans les images est frappe de la puissance d'expression exceptionnelle qui s'affirmait alors dans ses moindres croquis. " (p. 7). Bibliographie - BERTAUT (Julien) et Alphonse SECHE. Paul Verlaine. Paris, Louis Michaud, [vers 1920]. Reproduction p. 85 (portrait de Napoleon III). - BORNECQUE (Jacques-Henry). Verlaine par lui-meme. Paris, Le Seuil, 1966. Reproduction p. 117 (portrait de Napoleon III). - LEFRERE (Jean-Jacques). Rimbaud. Paris, Fayard, 2001. Reproduction dans le second cahier de planches. - REGAMEY (FAlix). Verlaine dessinateur. Paris, H. Floury, 1896. Reproductions ne IV p. 41 (portrait de Napoleon III avec le " vieux coppee "), ne VI p. 45 (autoportrait a la pipe), et ne VII p. 48 (l'approbation de Verlaine). Texte transcrit pp. 45-48 (" Des morts "). - RIMBAUD (Arthur). ouvres completes. Adition Atablie par Andre Guyaux, avec la collaboration d'Aurelia Cervoni. [Paris], Gallimard, Nrf, Pleiade, 2009, p. 239 et notes pp. 916-918 (Adition et commentaire du dizain de Rimbaud dans l'album de FAlix RAgamey). - VERLAINE (Paul). ouvres poAtiques completes. Adition Atablie par Jacques Borel. Paris, Gallimard, Nrf, Pleiade, 2010, pp. 18-19 (Adition du poeme " Des morts "), et p. 297 (Adition du poeme " Dites, n'avez-vous pas ").
References
Provenance
Estimated Price EUR 20,000.00 - 30,000.00
( USD 27,600.00 - 41,400.00 )
Actual Price EUR 68,694.00 ( USD 90,676.08 )

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AUCTION DETAILS

Auction House Artcurial
Website http://www.artcurial.com/fr/
Auction Name Drawings of Writers
Sale Number #18093
Auction Date February 14, 2012 - February 14, 2012
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